Je ne suis pas n’importe qui, Clélie Avit : tourmente adolescence

Je ne suis pas n’importe qui, Clélie Avit : tourmente adolescence

PRIX DES ÉTOILES 2021
En partenariat avec Librinova
Résumé

Alexandrine a dix-sept ans et sa leucémie la condamne. Dès le début de l’été, elle fait ses adieux, tournant le dos à cette vie qu’elle n’aura bientôt plus. Sauf que les choses ne se passent pas comme prévu.

Ce que son médecin appelle une guérison spontanée surprend tout le monde mais surtout, Alexandrine est terrifiée. Il va falloir recommencer. Tout recommencer. Le lycée, les amis, tout repart de zéro, même sa famille qui ne s’y était pas préparée.

Ce qui devrait être fantastique devient alors une épreuve démentielle.

Entourée de ses nouveaux amis, et aussi de Val, un élève rencontré en sport, Alexandrine va devoir apprendre à survivre, revivre et enfin vivre tout court. Une tâche banale pour n’importe qui. Oui mais voilà, Alexandrine n’est pas n’importe qui.

Chick-lit – Sentimental – 330 pages –  8,99 € (ebook)

4/5
Le mot de l’auteure

En décembre dernier, je me suis lancé un défi : publier trois romans en auto-édition (parce qu’il fallait aller vite et que mes éditeurs ne pouvaient pas suivre). Ainsi, trois romans ont vu le jour. Trois univers, trois façons de voir le monde, pour que chacun trouve celui qui le ferait rêver. Ainsi, Jusqu’au bout, À l’inverse du monde et Je ne suis pas n’importe qui ont vu le jour.

Avec Je ne suis pas n’importe qui, c’est la fin de l’adolescence qui est mise à l’honneur. Vous savez, ce moment mi-figue mi-raisin, où vous avez peur de prendre la moindre décision mais qu’à chaque fois que vous passez à l’acte, vous y mettez toute votre âme ? J’aime ces héros du quotidien, ces ados de 17 ans qui relèvent des défis tous les jours sans le savoir. Selon moi, c’est le moment le plus intense, le plus risqué de la vie ! Et comme je suis encore, dans ma tête, une grande ado (hum… ne me demandez pas mon âge), j’ai pris des risques, comme les lecteurs le font en ouvrant un livre. « Alors, prendrez-vous le risque ? »

clélie avit auteure de je ne suis pas nimporte qui

Comme tu le sais, je n’ai pas l’habitude de lire des romans jeunesse. Peut-être est-ce par méconnaissance de ce genre ou parce que je ne prends pas le temps de découvrir ce qu’il renferme comme trésors ? Peu importe. Le premier roman du Prix des Étoiles me permet de me plonger dans l’un d’entre eux. Et visiblement, il ne s’agit pas de n’importe quel livre comme en témoigne son titre pour le moins intriguant.

Un roman girly ?

Le résumé nous annonce d’emblée la couleur. Au programme l’histoire d’une adolescence tourmentée que la maladie pique à vif, des parents au bord du gouffre et partagés entre vivre et mourir avec leur enfant unique et l’amour qui flotte dans l’air. Cela m’a tout l’air d’un roman girly (que l’autrice semble assumer en raison d’une couverture rose flashy et d’un ton d’ensemble assez lent et mélancolique). Je me lance !

Escalade et théâtre : le cocktail pour atteindre la vie

Je découvre le quotidien d’Alexandrine. Une jeune adolescente que la vie ne cesse de malmener et dont la maladie rythme les battements du cœur. Tantôt douce, tantôt sauvage, l’adolescente plutôt ordinaire enfermée dans son corps va cesser de vivre dans quelques mois. La tonalité mélancolique et colérique de la jeune femme parait être en décalage énorme avec sa façon assez bisounours de se comporter. Jusque là, rien « d’anormal » me direz vous pour une ado.

Il faudra attendre quelques centaines de pages pour tomber littéralement des nus ! Il est étrange de se rendre compte que lorsque l’esprit a décidé de prendre sa vie en main, le corps n’a d’autre choix que de le suivre. Contraint, il doit se réapproprier cette amitié perdue avec le cerveau. L’ascension est longue, rugueuse, dangereuse, risquée. À l’image du loisir qu’exerce Alexandrine : l’escalade. Oui, vous avez bien lu, l’escalade. 
Soutenue par Valerian, un adolescent peu commun, discret sur les bords et secret, Alexandrine découvre les difficultés de la vie : par quelle grippe commencer ? Quelle sera la seconde ? Puis-je emprunter ce chemin pour me rendre à droite, monter encore d’un mètre ? J’aime beaucoup la métaphore glissée à travers ce roman. Il me fait prendre conscience de notre difficulté commune à prendre des décisions, arrêter un choix dont on ne mesure jamais tout à fait l’issue. T’est-il déjà arrivé de ne pas savoir quoi faire, de rester paralysé ou de ne pas assumer tes responsabilités ? Moi oui. Mais comme Alexandrine, il semble que le destin me rappelle à l’ordre.

J’ai beaucoup aimé la pudeur avec laquelle l’autrice nous raconte l’amour adolescent. 

Je me demandais quand nous aurions plus d’informations sur Valerian et son grand frère. Mais comme le temps fait ses preuves, toutes les explications arrivent aux bons moments, surtout quand la personne se sent prête à les accueillir.
Le parallèle avec le théâtre est très bien introduit et articulé. Il traduit à la fois d’une position d’”imposteur” qu’Alexandrine peut ressentir à certains moments notamment lorsqu’elle est comparée par un de ses amis à une héroïne ; mais également une forme d’entraînement vers un avenir dont elle ne maîtrise pas les codes. Le théâtre intervient alors comme un auto-régulateur d’humeur et comme un cadre nécessaire à l’épanouissement et à la révélation de ce feu de vivre.

L’injustice me submerge alors d’un coup, fruit d’une année à maintenir les apparences.
– extrait « Je ne suis pas n’importe qui », Clélie Avit

L’importance de cultiver l’amour de soi

Par la force du théâtre, de l’escalade, mais aussi de l’amour naissant, Alexandrine trouvera en elle, la force de se dépasser. Elle survit à sa façon. Accepte de transformer ses croyances. Affronte la peur de mourir, surmonte la douleur de perdre son ancienne vie.

La notion de don transparaît furtivement à travers les chapitres. Le don de soi, la dette d’une vie.

Pas de cases, pas de diktats, de l’insouciance

Clélie Avit nous invite ici dans un parcours qui peut sembler fleur bleue, mais qui en définitif nous confronte à notre passé et l’avenir que nous seuls pouvons créer. Elle nous rappelle à juste titre que prendre soin de soi nécessite distance, amour, confiance et acceptation. Prendre soin de soi, c’est aussi veiller sur celles et ceux qui nous entourent : notre famille, nos amis.

 

L’écriture et la structure du roman de Clélie Avit sont entraînantes. Le rythme assez particulier du roman nous invite à rester sur nos gardes à l’approche d’un drame, et à l’espoir que tout aille pour un mieux. J’ai apprécié sentir et la texture ponctuée de moments de calme pour me laisser le temps d’analyser la situation. L’auteure réussit avec délicatesse à nous vendre le quotidien d’une ado tout sauf morose. Tout du long, je me suis questionnée quant à ma propre force à vivre la vie dont je rêve secrètement. Je me suis souvenue de l’importance du cocon familial soumis à rude épreuve et de l’amour inconditionnel. J’ai beaucoup apprécié cette rencontre mère-fille sous l’angle de la maladie et par la suite être témoin de son évolution.

Le langage du roman nous permet aisément de se projeter dans la peau d’une ado. J’ai été agréablement surprise de la richesse d’un roman jeunesse.

La répétition du titre du roman à plusieurs endroits au cours de ma lecture me fait penser à une volonté de se convaincre que la vie vaut la peine d’être vécue pleinement, sans to do list, mais seulement armé de son cœur.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.