La cave aux poupées, Magali collet : violences familiales

La cave aux poupées, Magali collet : violences familiales

Résumé

Manon n’est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge. En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé. Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale… Mais, par-dessus tout, une fille normale n’aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.

Thriller – 224 pages – 9,99€ (broché) · 5,99€ (ebook)

5/5
Le mot de l’auteure

Merci Alexandra de me donner l’occasion de poser ces quelques mots supplémentaires. J’ai toujours aimé observer les passants, assise à la terrasse d’un café ou d’un restaurant. En les regardant j’imagine leur vie, j’invente leur histoire. Celle de Manon est née ainsi, à la terrasse d’un café parisien. Je me souviens d’une femme croisée, elle semblait triste. En la voyant, une phrase m’est venue à l’esprit : « Il faut beaucoup de temps pour refroidir un cœur et mille fois plus encore pour le réconforter ». C’est ma façon de dire qu’il faut prendre soin des autres si on ne veut pas les casser… J’ai fait de cette femme le visage de Manon. J’espère qu’après avoir lu son histoire, vous l’aimerez autant que moi.

magali collet auteure souriante
©Magali Collet

Être en confinement a du bon et résonne parfaitement avec le dernier thriller des Éditions Taurnauda. Magali Collet signe son premier roman, »La cave aux poupées », en assénant aux lecteurs, un coup de poing magistral. Entre violence tacite et physique, drames d’adolescence et traumatismes, je reste bouche bée. Découvrons ensemble pourquoi.

Une descente aux enfers plus rapide qu’une tarte dans la gueule

Comme il est rare d’être alpagué de la sorte, je ne vais pas me priver de vous en jeter à la figure. Du début à la fin de ma lecture, je me suis pris une dizaines de coups. Je ne saurai décrire l’extrême violence qui émane de ce livre. C’est brutal. Les mots sont violents, simples, efficaces. Magali Collet manie avec style, l’art d’éblouir, de torturer le lecteur, mais également de le sensibiliser doucement à deux thèmes majeurs (et non des moindres) : la violence et l’enfance.

Projetée dans un torrent addictif, ma lecture se veut rapide me laissant très vite à bout de souffle. Accro à cette violence, je suis les aventures de Manon. Jeune femme à la merci d’un Père tyrannique, violent et psychopathe. Ses journées sont rythmées par la même routine torturée et maniaque. Entre les coups et son rôle de geôlière d’adolescentes, malgré elle, sa vie semble aussi noir que le cœur de ce Père.

 J’étais paralysée. Le Père, il allait me tuer, c’est certain.
– extrait « la cave aux poupées », Magali Collet

En tant que lecteur, nous avons un rôle de témoin passif

C’est assez étrange d’être là, à lire ces lignes et ne pouvoir agir pour sauver ces vies malmenées, brutalisées.

Du haut de son physique d’homme, Manon obéit à celui qu’elle nomme « Le Père ». Forte marque d’emprise physique et mentale. Je suis partagée entre une violente envie de la voir sombrer et un besoin fort de lui venir en aide. La forme de son récit me fait penser à la découverte de son journal intime. C’est elle qui nous livre son quotidien, sans retenue, avec simplicité. De nombreuses questions m’assaillent à la lecture des différentes scènes qui défilent de page en page. Quelle différence entre le bien et le mal ? Jusqu’où s’arrêter ? Quel traitement peut-on faire subir à l’autre ? Où est la limite ?

Décrit dans un décor sombre, sans amour, hargneux, le quotidien est poignant, les descriptions, réalistes. Je n’ai aucun mal à m’imaginer dans cette cave sordide, à voir Le Père violer ses proies et à frapper celle qui lui sert de fille et de femme de temps à autre. Je suis écœurée mais ne peut décrocher de ma lecture. L’insoutenable prend tout son sens tout du long de ce thriller-témoignage.

Une profonde injustice

À travers son thriller, l’autrice souhaite avant tout faire comprendre aux lecteurs que tourner le dos à la violence n’est pas une si facile entreprise. Culpabilité, remords, habitudes (?), les violences de l’enfance et celles faites à l’encontre des femmes ne trouvent aucun écho au sein d’une société de plus en plus tournée vers le nombrilisme.

Cette idée se renforce avec l’écriture de ce thriller psychologique à la première personne du singulier. Comme un témoignage qui parvient difficilement à l’oreille de tous, nous lecteurs, sommes touchés en plein cœur par la cruelle destinée de l’injustice. Même si Manon semble habituée à ce quotidien, la prise de distance est requise par celui ou celle qui tient ce livre entre les mains. Ce fort contraste entre « normalité » et atrocité est sans aucun doute, très bien tournée et écrit.

Ici, nous parlons de huit-clos, de vérités qui ne peuvent sortir de la cave. Endroit très bien choisit pour y faire moisir des vies et des idées arriérées. La position de la femme en bas de l’échelle ressort très fortement avec le choix de ce livre.

Le personnage de Manon est très bien pensé. ses faits et gestes, ses mots, le ton de sa voix… tout est pensé de manière à rendre compte d’une réalité souvent tue. Son attitude de victime démontre d’un voile qui l’empêche de se révolter comme elle aimerait.

Une intrigue autour d’un besoin de rédemption

Le style vif et spontané de l’autrice permet aux lecteurs d’accrocher dans un espace temps où la folie règne. Moi qui n’aime pas forcément me lancer dans des thèmes aussi forts, je ne regrette absolument pas d’avoir eu ce bijou entre les mains ! Un vrai coup de cœur ! Une intrigue rondement ficelée, qui donne à réfléchir. Cerise sur la gâteau ? Une fin digne des plus grandes tragédies qui marquent les esprits.

 C’était juste… bien.
– extrait « la cave aux poupées », Magali Collet

Je recommande « La cave aux poupées » à

Celles et ceux qui n’ont pas peur d’affronter des réalités aussi fortes que la violence familiale et la violence sexuelle. Les accros aux thrillers bien sûr. Enfin, pour celles et ceux qui souhaitent voir s’articuler un profond désir de rédemption à travers les yeux d’une jeune adulte.


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