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Road movie pour un proscrit, chris simon : question de principe

Résumé

L’Histoire c’est comme un cadavre, tôt ou tard, elle refait surface.

1973. Denis Lostier, 18 ans, fils de brocanteurs aux Puces et vivotant de petits boulots, se laisse embarquer par un ami dans un complot démentiel et juteux : l’enlèvement du cercueil d’un personnage célèbre. Mais la mission nocturne part en vrille et Denis, sous LSD, doit s’enfuir avec le larcin macabre. Alors quand ce dernier se met à lui parler, il se dit qu’il n’aurait finalement peut-être pas dû semer ses complices…

« Road-movie pour un proscrit » est un roman noir social pour les amoureux de suspense. Bienvenue dans les années 70 !

Thriller – Polar social – 294 pages –  15.90€ (broché) · 2.99€ (Kindle)

3.5/5
Le mot de l’auteure

Quand j’ai découvert, il y a une quinzaine d’années en surfant sur le net et donc un peu par hasard, le fait divers qui m’a inspiré Road-Movie pour un proscrit, il m’a tout de suite séduit par son côté rocambolesque, voire grotesque et parce qu’il symbolise. Dans toute société, il y aura toujours des complots, des gens pour croire au lieu de demander à voir les faits, des désirs de gloire enfouis qui ne mènent jamais à la gloire, mais à la catastrophe. Si Hitler s’est suicidé, c’est par ce qu’il pressentait que ses millions d’admirateurs se retourneraient contre lui (Mussolini venait d’être fusillé et pendu par les pieds). Tel est l’être humain, il peut détruire ce qu’il a vénéré. À l’aube de tant d’incertitudes, j’avais envie en écrivant ce livre de vous éclairer avec de l’humour et du sérieux sur les dangers sur lesquels chacun de nous peut agir. Je ne sais pas si j’ai réussi. Vous me le direz.

photo auteure chris simon

Bienvenue au cœur d’une partie de Monopoly aux allures vintage, brute et loufoque. Je reconnais bien là le style assez particulier de l’autrice Chris Simon, qui ici retient mon attention sur une thématique assez originale et méconnue : l’héritage familial.

Un héritage familial lourd de conséquence

Ce polar social décalé nous invite à replonger au cœur de l’Histoire des années 70. Le ton donné est lié à l’héritage familial. L’humour noire présente tout au long de notre lecture, me laisse en arrière-goût une saveur assez amère en bouche voire écœurante. À travers les yeux de Denis, un enfant assez paumé dans la vie qui n’a d’autres préoccupations que d’enchaîner les magouilles pour se faire de l’argent et, aider ses parents brocanteurs aux puces de Saint-Ouen, nous découvrons petit à petit l’envers d’un décor teinté de politique, de sarcasme et de vols. Le décor est planté et est très ien décrit, on s’y croirait !

Il évolue dans un univers où Verdun est dans les mémoires des plus fervents défenseurs du régime du Maréchal Pétain. L’ambiance est survoltée et les manifestations vont bon train. Pendant que certains tentent de survivre à la faim, d’autres en secret, se réunissent pour préparer le coup le plus tordu de l’histoire : voler le cercueil du Maréchal pour le réhabiliter sur ses terres. C’est dans ce contexte que nous entrons dans la vie de Denis dont le frère, revenu d’Inde est devenu l’ombre de lui-même.

Ici, deux histoires se jouent en parallèle. Celle de Denis, qui dans ses combines malsaines fera tout pour sauver son idylle d’avec Mirabelle. Et celle de Michel, son frère, perdu entre les limbes de son identité qui s’effritent de jour en jour depuis qu’il a découvert un secret de famille.
Ici, deux histoires se jouent en parallèle. Celle de Denis, qui dans ses combines malsaines fera tout pour sauver son idylle d’avec Mirabelle. Et celle de Michel, son frère, perdu entre les limbes de son identité qui s’effritent de jour en jour depuis qu’il a découvert un secret de famille. J’aime beaucoup cette quête d’identité entre ombre et lumière.

« Refuser la colère, la haine. Rien d’héroïque en somme. »
– extrait « Road Movie pour un proscrit », Chris Simon

Et si on volait le maréchal Pétain ?

À toi aussi cette idée te paraît folle ? J’ai beaucoup aimé le côté assez drôle dans les échanges entre les 5 lascars qui tentent de profaner une tombe en pleine nuit. Les dialogues sont construits de façon à emprunter et mimer les codes des années 70, comme si on y était. Certains passages m’ont beaucoup fait rire, ce qui détend un peu l’atmosphère assez tendue qui règne au sein de ces pages. J’y sens un côté assez mélancolique, voire dramatique à certains moments, mais le tout dans un certain équilibre maîtrisé.

Le vocabulaire humoristique et d’époque ajoute une dimension plaisant qui nous fait lire ce thriller assez vite. Je découvre aussi la loyauté qu’ont les membres de la bande envers un ancien gradé de guerre. Pour se redorer le blason et pour rendre aux français une sorte d’honneur déchue, cette idée ne semble pas si folle qu’elle n’y parait. Elle soulève également la thématique des classes sociales.

Une lutte infernale entre riches et pauvres

Nous sommes également les témoins d’une lutte entre deux clans : les riches et les pauvres. Beaucoup de références aux classes sociales sont glissées çà et là dans ce polar. S’en suivent les répercutions entre les générations et l’héritage que l’on transmet en tant que parents, à ses enfants. Bouleverser un ordre établi va parfois jusqu’à la déchéance de sa propre identité. Le frère de Denis en est venu à se détruire, souhaitant disparaître, dévoré par la honte, pour ne pas être rattaché à une histoire familiale elle-même rattachée à l’Histoire du déchirement des peuples. Ces thématiques sont très profondes et glissées avec subtilité, ce qui nous fait réfléchir quant à notre propre histoire et son acceptation.

la destruction humaine par honte

Ce déchirement est très bien décrit tout au long de ce périple infernal. Les larmes, trop sensibles pour se montrer ne peuvent se libérer de l’emprise des idéologies historiques que l’on véhicule parfois malgré nous. L’auteure nous rappelle ainsi de la fragilité de nos propres ambitions.

Peut-être que ce roman a des allures un peu trop masculines pour moi, car je n’ai pas totalement accroché. Si sur le fond, il est mené avec goût et talent, je ne peux m’y attacher un peu plus.


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